Hélène Gerster
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évidemment, on n’est pas obligé de commencer par le début...


Installation vidéo avec deux projections superposées, 2003
Collaboration son : Jacques Demierre, Thierry Simonot
Collaboration infographisme : David Hodgetts

« Dans les deux projections juxtaposées, un sujet décliné quatre fois se déforme ou se transforme dans un mouvement lent et ascendant. Surgissant de nulle part, il grossit , se rétrécit ou explose. En émergent plusieurs sens, organique, végétal et d’autres interprétations propres à chaque spectateur. Les métamorphoses aléatoires, les superpositions et les parités hasardeuses, décrivent aussi l’individu, le groupe.

Les figures proposées pourraient être issues d’images de synthèse, mais c’est un simple matériau exploité avec un procédé tout aussi rudimentaire qui les anime. L’objet de départ, un réceptacle malléable et à la fois protecteur, est un gant de matière synthétique dont la forme évolue sous l’effet de l’eau qui le remplit, parfois jusqu’à l’éclatement. Les images sont ensuite inversées sur la bande.

Le son, indépendant, qui est projeté dans l’espace, se diffusant et résonnant sur différentes surfaces de la pièce, provient lui aussi de ce matériau : claqué entre deux doigts. L’installation globale se prête à la contemplation des images qui génèrent une certaine fascination. Mais la bande son et parfois les apparitions de gants non déformés, viennent perturber cette vision. Le son, décalé par rapport à l’élément organique des images, ramène à un état plus brut et les crépitements intensifient l’impression de rupture imminente. Le gant qui surgit, reconnaissable, casse un instant la fascination et donne encore un aspect théâtral ponctuel, jeux de mains, à l’origine de la pièce.

Derrière ces images vidéo, un travail de la matière et de sa surface, ainsi que l’impact de la lumière sur un objet, sont très présents. L’artiste est d’ailleurs issue de la céramique, formation qu’elle complète « pour exploiter d’autres médias, chercher d’autres langages ». Elle en utilise ici des composantes ; un côté artisanal dans le développement et la création d’une forme, on découvre presque un verre soufflé.

Ainsi ce travail, fait avec des moyens minimaux, n’a pas peur de l’esthétisme d’un premier degré auquel succède un second degré à interpréter. « Sans commencement ni fin… », et avec une touche d’humour, il peut être pris sous plusieurs angles. »

Marie-Eve Knoerle